Ma vie d’insecte

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Metamorphosis est un sympathique mélange entre un jeu d’énigmes et de plates-formes sorti le 12 août sur PC et consoles au prix de 25 francs suisses. Ce titre revisite l’une des œuvres les plus célèbres de Franz Kafka, « La Métamorphose ».

Une histoire kafkaïenne

Avant de plonger au cœur de Metamorphosis, prenons quelques instants pour comprendre l’œuvre qui a inspiré ce jeu. Franz Kafka est un écrivain austro-hongrois connu pour ses romans, « Le Procès » ou encore « Le Château » ainsi que pour ses nouvelles, « La Colonie pénitentiaire » et « La Métamorphose ». Cette dernière, publiée en 1915, décrit la métamorphose et les mésaventures de Gregor Sama, un représentant de commerce travaillant pour éponger les dettes de son père. Il se réveille un matin transformé en une sorte de scarabée brun. Au fil des pages, le protagoniste est totalement déshumanisé par ses proches qui le considèrent peu à peu comme un véritable nuisible. Cette œuvre offre une multitude d’interprétations ; en effet, la métamorphose n’est pas uniquement liée à Gregor Samsa, mais également à sa famille qui révèle sa vraie nature. Entre l’isolement du personnage principal et ses relations houleuses avec les autres, Franz Kafka nous ouvre les portes d’un univers sombre, mais également chargé d’émotions.

Le jeu Metamorphosis a été développé par Ovid Works, un studio indépendant de Varsovie. À travers leurs jeux, les développeurs cherchent à raconter des histoires expressives par le biais d’un gameplay amusant. Leur dernier titre ne fait pas exception. Mais l’histoire très sombre de Kafka a été revisitée avec légèreté afin de satisfaire un large public. Le résultat fait-il honneur à l’histoire originale ? Malheureusement non, mais le jeu reste malgré tout une belle réalisation.

Une métamorphose réussie

Metamorphosis nous plonge donc dans la peau de Gregor Samsa qui se réveille chez son ami, Joseph, et alors qu’il marche le long d’un couloir, il se transforme en insecte. Cette métamorphose est très bien réalisée : nous constatons cette évolution avec le son des pas, d’abord ceux d’un homme, puis ceux d’un insecte, le décor devient gigantesque, sa voix se transforme petit à petit et les premières questions se posent. Pour ajouter du piment, nous ne pouvons qu’apercevoir deux fines pattes noires, la vue à la première personne nous empêchant de savoir ce à quoi le personnage ressemble.

Tout au long de l’aventure, nous sommes amenés à chercher les raisons de cette transformation ainsi que la solution pour retrouver notre forme humaine. Pour cela, la rencontre avec d’autres insectes nous indique qu’il faut intégrer une entreprise du nom de « La Tour ». Mais ce n’est pas si simple. Pour se faire, il faut réaliser de nombreuses missions. Parallèlement à ses missions qui nous emmènent dans les tréfonds d’un univers gigantesque et fantaisiste, nous suivons l’histoire de notre ami, Joseph, qui se fait arrêter et jeter en prison. Nous devons alors également lui venir en aide.

Trop, c’est trop

Régulièrement, nous captons des conversations entre Joseph et la police ou encore son avocat. Elles sont malheureusement tant tirées en longueur que nous décrochons rapidement. C’est sans doute l’un des gros points noirs de ce titre puisque seuls ces dialogues nous ramènent à la profondeur économique et sociale de l’histoire contée par Kafka. Durant ces conversations, nous pouvons continuer notre aventure, avancer, résoudre des énigmes et même parler à d’autres insectes : ce qui nous demande de lire deux dialogues en même temps. Malgré cela, il est aisé de se prêter au jeu et l’envie de connaître la suite, notamment le dénouement, se fait rapidement ressentir.

Un problème d’équilibre

La première mission qui nous est donnée est relativement longue à réaliser. Elle représente le trois-quarts de l’histoire. Certes, nous faisons face à de nombreux contre-temps intéressants, mais les développeurs auraient largement pu rajouter du contenu entre cette mission et la fin du jeu. Cette fameuse mission ressemble un peu au film d’animation, « Les Douze Travaux d’Astérix », quand les deux héros de Goscinny doivent obtenir le laissez-passer A-38 dans « la maison qui rend fou ».

Quant à la durée du jeu, il se termine d’ailleurs beaucoup trop rapidement. Comptez quatre heures en prenant votre temps. Non seulement le titre révèle un déséquilibre au niveau de son histoire, mais également au niveau du rapport qualité – prix. Notons tout de même que les développeurs ont prévus deux fins à leur titre. Faut-il encore toutefois avoir envie de recommencer le jeu pour découvrir cette seconde fin.

Un titre plus narratif que technique

Bien que l’histoire soit sympathique, elle ne fait pas tout. Prenons donc un instant concernant le gameplay. Metamorphosis est, rappelons-le, un mélange entre un jeu d’énigmes et de plates-formes. Toutefois, l’un dans l’autre, la simplicité est affligeante : les puzzles n’apportent aucune difficulté, simplement du contenu. Malgré cela, l’histoire arrive à nous tenir en haleine et nous pousse à poursuivre l’aventure. Il s’agit alors plus d’un jeu narratif que technique. C’est d’ailleurs dommage, car le titre est bourré de bonnes idées qui auraient pu être exploitées différemment.

Le joueur est aussi tenu par la main tout au long de l’aventure. Ainsi, une touche nous permet d’avoir une vision globale de l’environnement qui nous entoure, tout en nous indiquant le chemin à suivre. Dialoguer avec d’autres insectes nous permet aussi d’obtenir quelques indices concernant la marche à suivre. En cumulant toutes ces aides, Metamorphosis devient un jeu beaucoup trop simple.   

Un univers incroyable

Le plus prenant dans ce titre, c’est son level-design. Les décors, très bien pensés, sont totalement immersifs. Alors que nous évoluons sur un bureau, traçant notre chemin entre des crayons, des livres ou encore des bouteilles, nous plongeons ensuite dans un tiroir qui nous ouvre les portes d’un gigantesque univers totalement fantaisiste. Nous naviguons entre le réel et l’imaginaire, entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Le seul faux pas – et pas des moindres – est concernant le chara-design. Les humains sont particulièrement moches, sans parler de leur gestuelle totalement loufoque. Ce détail passé, Metamorphosis nous en met plein les yeux. Côté bande son, cette dernière est extrêmement bien réalisée. Les voix des insectes, qui nous offrent d’ailleurs des dialogues amusants, comme les musiques, dignes d’un film, participent à la qualité du jeu et permettent une immersion totale.

Conclusion

Dès les premières minutes, Metamorphosis nous embarque pleinement dans son univers à la fois absurde, coloré et émouvant. L’histoire se veut être un hommage discret à celle contée par Kafka. Trop discret à mon goût. J’ai tout de même pris beaucoup de plaisir, notamment visuellement. Et la découverte des différents univers que nous traversons est captivante. Sans oublier une fin surprenante, tout du moins celle que j’ai vécue… Il y a bien sûr quelques points négatifs, notamment les dialogues des humains en arrière-plan et le prix. Je donne donc la note de 13/20 avec mention « peut faire mieux ». Je recommande ce jeu, mais pas à ce prix. Il vaut mieux attendre un rabais.

Si vous souhaitez plus d’images de ce jeu, je vous invite à découvrir une vidéo (sans spoil) en cliquant sur le lien suivant: https://www.youtube.com/watch?v=tIMZffXMdf4

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